Dans nos collections : "La Cité Modèle à Bruxelles. Vie(s) d'un grand projet"

sous la direction de Pierre Bernard ;  Isabelle de Pange et Jean-Michel Leclercq [et alii] - Bruxelles : Aparté, DL 2012 - 1 vol. (223 p.) : ill., photos en noir et en coul., plans; 24cm. - Bibliographie. - ISBN: 978-2-9303-2734-1  

Image 1 La Cite Modele    titre

Ce livre, richement illustré et documenté, présente le projet de la création de la « Cité modèle » à Laeken. Il relate en détail son historique, présente les architectes, les techniques utilisées, la vie des habitants de la Cité et les nouvelles idées qui renouent avec l’ambition initiale.

La Fonderie s’intéresse bien évidemment au logement. Quoi de plus concret que de voir l’évolution de celui-ci et ainsi concevoir la vie des travailleurs ?

En Europe du Nord, l’idée du droit au logement pour tous est le fruit d’une longue évolution qui puise ses racines dans la Révolution industrielle et suit les évolutions politiques, économiques, urbanistiques et sociales.

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A Bruxelles, des taudis à la « Cité modèle », l’évolution est la même. La jeune capitale belge durant la 2e moitié du 19e siècle connaît une expansion économique, attire la bourgeoisie et les entrepreneurs, mais l’exode rural massif manque souvent le rendez-vous avec un emploi bien rémunéré et un logement décent : la profusion de la demande tire les salaires vers le bas et les loyers vers le haut. C’est le règne de la spéculation et … des taudis. Le monde politique ne réagit pas.

Il faut attendre 1889 pour qu’une première loi, sous une majorité catholique, soit votée pour amorcer la construction de « logements pour ouvriers ». Cette loi reste réservée à une « élite » ouvrière.

L’idée de « Sociétés de logements sociaux » naît au début du 20e siècle mais les premiers projets n’enthousiasment pas les socialistes.

Après la Première Guerre Mondiale, il y a beaucoup à reconstruire et la contestation sociale est forte. C’est pourquoi la « Société nationale des Habitations et Logements à bon marché » (SNHBM)[1] est constituée en 1919 et permet à de multiples sociétés de se lancer dans la construction. L’idée britannique de « cité-jardin » a le vent en poupe dès 1922.

Pratiquement à la même époque naît le Modernisme[2] : l’idée est que la forme découle de la fonction et que la maison est une machine à habiter. Les modernistes prônent une architecture fonctionnelle, en béton, acier et verre, à l’esthétique dépouillée. Les Congrès internationaux d’Architecture moderne (CIAM) sont crées en 1928. La démarche est militante et souvent ancrée dans le socialisme qui considère la cité-jardin comme coupable de développer l’esprit petit-bourgeois et individualiste. Il est donc question de citoyenneté : le logement en grand ensemble invite l’individu à une vie sociale ouverte et active. Cette idée reste théorique d’autant plus qu’avec la Grande Dépression, les pouvoirs publics investissent moins dans le logement social.

Après la Deuxième Guerre Mondiale et un temps de restriction budgétaire, l’économie est relancée et les besoins, reconstruction, baby-boom, mouvement de population, relancent le logement social qui paraît être pour les Socialistes, le domaine idéal où appliquer la théorie moderniste.

En opposition, le Parti catholique, devenu Parti social chrétien prône la propriété privée et la maison individuelle[3]. Mais les adeptes du modernisme considèrent les banlieues comme « le règne du chacun pour soi et du diable pour tous »[4]

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Caricature de Renaat Braem : en haut, l’habitat socialiste vu par les catholiques : ensemble froid et inhumain surpeuplé de voyous et d’agitateurs. En bas, les maisons des catholiques vues par les socialistes : cacophonie de bâtisses moyenâgeuses, reflet d’un individualisme petit-bourgeois.

L’idée de la construction d’une « Cité modèle » est à mettre en lien avec l’Exposition universelle de 1958 dont le titre « Pour un monde meilleur » témoigne du regain d’optimisme de l’époque[5]. Dès 1954, le député socialiste Fernand Brunfaut lance l’idée de créer dans le voisinage immédiat de l’Expo 58 une unité d’habitation complète, organique et équilibrée avec un équipement collectif : commerces, centre social, écoles, chapelle, zones de verdure et plaine de jeux.

Cette cité ferait partie intégrante de l’exposition et montrerait en grandeur nature, aux visiteurs du monde entier l’ambition de la Belgique en termes de logements pour ses travailleurs.

Ce projet grandiose - création de 1 000 logements dont un certain pourcentage de maisons unifamiliales doit répondre à la diversité de tous : de la personne isolée à la famille nombreuse - ne peut se mener que sous la directive d’une commission nationale rassemblant différentes autorités spécialisées dans l’habitat en Belgique[6]. De même, ce projet est une œuvre collective comprenant des architectes Bruxellois, Wallons, Flamands, de formations et de conceptions philosophiques différentes : six architectes au total avec une personnalité dominante, Renaart Braem.

Le terrain choisi constitue une quinzaine d’hectares sur le plateau du Heysel, presque vierge de toute habitation.

Ce projet pharaonique est bien vite contrarié par la spéculation immobilière. Les projets doivent être revus : les tours doivent être surélevées pour limiter le prix au m2 habitable. L’aménagement des logements anticipe l’avenir des « Golden Sixties », en démocratisant le bien-être et en contrastant avec le mode de vie d’antan.

En 1956, des difficultés financières surviennent et la machine s’arrête. La « Cité modèle » ne sera présentée qu’en maquette à l’Expo 58

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Le chantier reprend cours doucement en 1958 mais dès les années ’60 les ambitions originaires sont rudement rabotées. Aujourd’hui, le site connaît une vraie renaissance et les infrastructures et œuvres paysagères renouent avec l’idée initiale, les premières habitations sont rénovées. Les habitants donnent une âme à leur cité et l’ont fait passer du stade utopique à la réalité.

Alors, la « Cité modèle » : exemple ? Utopie ? Illusion ? Mégalomanie ?

Retenons que la création de logements populaires est le reflet d’un projet pour l’homme et pour la société.

 


(1) Devient Société Nationale du Logement (SNL) en 1956 et Société du Logement de la Région Bruxelloise (SLRB) en 1990. Elle assure la tutelle de 33 sociétés locales de logements sociaux.

(2) Les théories modernistes sont synthétisées dans la charte d’Athènes, au 4e CIAM, 1933

(3) La loi De Taye permet l’accès à la propriété individuelle.

(4) Citation de l’architecte Renaat Braem

(5) L’urbanisation de ville se transforme aussi. La conjoncture économique permet de rêver à la transformation de Bruxelles en une ville ultramoderne, adaptée à la circulation et aux constructions en hauteur.

(6) Dont le Foyer laekenois à qui reviendrait la cité.

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