Dans nos collections : "Delvaux 1829-2009 : 180 ans de luxe belge"

Delvaux 1829-2009 : 180 ans de luxe belge.

Catalogue édité dans le cadre de l'exposition Delvaux [...] au MoMu-musée de la mode de la province d'Anvers (du 17 septembre 2009 au 21 février 2010)

Par Hettie Judah. - Bruxelles : Racine, DL 2009. - 1 vol. (224 p.) : ill., photos en noir et en coul.; 27cm. - Bibliographie. - ISBN: 978-2-87386-612-9

 

 

Rêvons un peu …

Dans Bruxelles en proie aux problèmes de sécurité, de mobilité, en danger économique, partons vers le monde du luxe plus facile et agréable à regarder, une maroquinerie bruxelloise, connue de beaucoup de Belges et à l’étranger : La Maison Delvaux.

 

A l’occasion de ses 180 ans, Delvaux a présenté une exposition Delvaux. 180 ans de luxe belge au MoMu, le Musée de la Mode de la Province d’Anvers du 17 septembre 2009 au 21 février 2010.

 

On peut se demander pourquoi une maison on ne peut plus bruxelloise avait choisi Anvers ? Mais qui d’autre pouvait accueillir un ensemble aussi riche que spectaculaire?

 

De cette exposition, reste le catalogue, présenté ici.

 

 

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Illustré avec richesse, le catalogue ne présente cependant qu’une petite partie de l’exposition qui voulait montrer l’évolution de la maison : une ligne du temps pour exposer les modes et les noms des stylistes ; les différents designs des magasins ; les thèmes comme l'histoire, le voyage (n’oublions pas que Delvaux était malletier au départ et qu’il a saisi l’opportunité des développements des moyens de communication), studio, mode, image de la marque (Expo 58[1]), atelier (cuirs, assemblage), belgitude … par une scénographie pas toujours évidente. Delvaux voulait simplement montrer ses richesses.

 

Hotesse

 

 

Hôtesse belge de l’expo ‘58

 

 

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Une partie de la ligne du temps

 

 

Différentes interviews sont retranscrites, notamment celle de Solange Schwennicke, qui à la mort de son époux (1970) a assuré la direction jusqu’en 1995. Véritable visionnaire, elle comprend qu’il faut rajeunir l’image de la marque et lancer des modèles plus accessibles pour des femmes plus jeunes qui ont du mal à s’offrir un sac Delvaux. Elle introduit des cuirs plus souples, remodèle l’image de la société, et s’ouvre vers les marchés extérieurs[2].

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La toile de cuir en fabrication. Matériau plus souple, créée fin des années ’70 et actuellement réintroduite.                                                                                                                                                                                                                      

                                                                                                                         

 

Mohamed BenelcaÏd, quant à lui travaille encore aujourd’hui au sein de l’atelier de l’Arsenal. Véritable passionné, il donne des cours du soir de maroquinerie à l’Institut des Arts et Métiers de Bruxelles. Il présente brièvement les techniques du travail. Car la maroquinerie est un monde complexe. Chez Delvaux, la main de l’artisan est omniprésente : si le cuir peut être travaillé mécaniquement, le véritable parage[3] est manuel. C’est toute la différence !

 

Deux stylistes parlent de leurs conceptions du sac, mais toutes les deux se rejoignent pour souligner l’importance de l’élégance.

 

 

 

Tout le monde, ou presque connaît cette maroquinerie, mais quelle est son histoire?

 

Différentes sources[4] précisent qu’en 1829 (donc avant la création de la Belgique) Charles Delvaux installe un atelier de fabrication de malles[5] dans l’arrière-boutique de son commerce “C. Delvaux-Présent, Fabriquant de malles” rue de l’Empereur, quartier en passe de devenir le centre commercial de luxe de la future capitale. Quatre générations vont se succéder avec l’originalité de départ : création et fabrication dans la recherche de la perfection et de la qualité[6]. A tel point que les Delvaux deviennent Fournisseur de la Cour en 1883, titre octroyé par la reine Marie-Henriette. Outre les articles de voyage, Delvaux se veut maroquinier et dépose des modèles de sacs de dame, entreprise hasardeuse. Mais plus hasardeux encore est le rachat de la maison en 1933, en pleine crise économique mondiale et crise du cuir en Belgique, par Franz Schwennicke, jeune ingénieur agronome. La Maison Delvaux est à ce moment tombée en désuétude, mais Franz Schwennicke, attiré par le patrimoine de la marque devait dire “ On ne bâtit pas une affaire sur trois générations à coup de bluffs et de supercheries”[7]. Il ne change pas le nom de la maroquinerie, continue la fabrication d’articles de voyage et développe la maroquinerie pour mettre le sac en cuir à la mode. Sa grande innovation est l’introduction du terme “collection” à l’instar de la Haute Couture. La chance aidant, les années ’50 voient le démarrage de la mode du sac à main.

 

La concurrence devient dure à partir des années ’60. D’autres maroquiniers belges sont sur la place et les sacs italiens ont la cote. La contre-façon s’amorce. Malgré un certain déclin, la maison Delvaux a une clientèle fidèle qui réclame la qualité, une main experte, et de l’élégance. La maroquinerie a un atout supplémentaire : la diversité de ses cuirs.

 

 

 

 

Mais les mentalités changent : la jeune fille d’aujourd’hui a une multitude de choix et de produits pour acquérir un sac et ne désire plus nécessairement en avoir un “comme maman”.

 

Au début des années 2000, la majorité des ventes dépend du marché belge, les volumes restent faibles et les coûts élevés. Delvaux reçoit en 2007 un prêt du pôle financement de la Région de Bruxelles-Capitale. Mais La situation financière devient critique[8] et en 2010, Delvaux cherche un partenaire[9]. Après bien des discussions, en 2011, la famille Schwennicke transfère le contrôle du groupe à Fung Brands, une société d’investissement basée à Hong Kong, dirigée par Jean-Marc Loubier. Les Schwennicke restent partenaires à 20%.

 

D’après Jean-Marc Loubier, la Maison Delvaux a une vision trop restrictive et n’est pas organisée pour faire face à l’avenir mais, paradoxe, Delvaux entend rester un artisan et non un producteur de masse. Ce qu’il lui faut, c’est un investisseur avec qui partager une vision à long terme avec des ouvertures sur le marché international, donc grandir, mais au prix de mesures drastiques de restructuration.

 

Aujourd’hui, c’est net ; la maroquinerie Delvaux veut devenir “une véritable marque de luxe international” et neuf ans après un premier prêt, le pôle financement de la Région de Bruxelles-Capitale accorde une nouvelle somme permettant à la maison Delvaux de rénover ses points de vente nationaux et d’aménager l’Arsenal[10]. La boucle est bouclée : développement sur le marché international comme pépite dans un ensemble, une marque d’élite au produit d’extrême qualité, et résolution de rester ancré à Bruxelles[11]. Souhaitons bonne chance à la Maison Delvaux.

 

Combien parmi nous peuvent-elles encore s’offrir un « Delvaux ». De même, combien d’entre-nous le désirent vraiment ?

 

Le luxe est devenu peu accessible. Reste-t-il une utopie, une envie, une injustice ?

 

Néanmoins, qu’il soit de n’importe quelle marque, matériau, grand, petit, le sac à main est devenu un partenaire fidèle des femmes, une extension d’elles-mêmes.[12]

 


 

(1) Remarque dévastatrice : l’intemporel « Brillant » n’a pas été conçu pour les hôtesses d’accueil de l’exposition universelle. Celles-ci étaient habillées par Hirsch, emblème de la confection bruxelloise et elles portaient des sacs Delvaux… en bandoulières

(2) En plus de l’interview, voir Cahier du Vif l’ Express.- (36), septembre 2005

(3) Le parage de la peau consiste à l’amincir en partie ou en totalité dans le but de faciliter son emploi pour une tâche déterminée, par exemple, le repliage ou la couture de la peau.

(4) Voir « Une approche inédite de la maroquinerie Delvaux  / F. De Sadeleer et S. Lefebvre» in La mode dans tous ses états. Les Cahiers de La Fonderie, p.18-22. – n°30 (2004)

(5) Rappelons, qu’à cette époque le sac à main est pratiquement inexistant. Il entrera dans la mode bien plus tard.

(6) En 1898, la Maison Delvaux dépose, au Fonds des Dessins et Modèles industriels. Conseil de Prud’hommes, son premier modèle la « malle Edison ». Ceci assure un droit de propriété pour éviter la contrefaçon et la spécificité de la création. Cette loi existe toujours.

(7) Delvaux. 180 ans de luxe belge p. 22

(8) François Schwennicke avait tenté d’installer un atelier d’activités au Vietnam, mais cette expérience a été vite abandonnée, considérée comme peu crédible.

(9) L’Echo, 2010/06/25

(10) Les ateliers et les services administratifs, installés à la rue Notre-Dame du Sommeil quittent Bruxelles en 1975 et déménagent à Rhode-Saint-Genèse. En 1994, Delvaux retrouve ses racines bruxelloises avec son aménagement dans la moitié de l’Arsenal du Charroi, anciennes casernes etterbeekoises.

(11) L’Echo, 2011/09/28, 2012/10/06, 2016/03/02

(12) Voir : Le sac. Un petit monde d’amour / Jean-Claude Kaufmann. – Paris : JCLattès, 2011. – ISBN 978-2-7096-3546-2

 

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